Ce que le cookie au beurre ne dit pas
Le dimanche simplement.
Bonsoir à tous·tes,
Le dimanche, simplement, je laisse une pensée de la semaine faire son chemin.
Cette semaine, j’ai repensé à quelque chose que l’on sait toutes, mais que l’on ne dit pas vraiment. Quelque chose qui se cache derrière une promesse apparemment inoffensive : gagner 10 000 euros en trois mois.
Je ne dis pas que c’est faux. Je dis que la question n’est pas là.
Parce qu’au fond, ce n’est pas l’argent qu’on cherche quand on clique sur ce genre de contenu. C’est autre chose. Un raccourci vers la preuve que l’on a eu raison de se lancer. Une validation rapide qu’on n’a pas fait une erreur. Un soulagement, peut-être. Le confort immédiat de se dire que ça va marcher, que ça va marcher vite, que ça va ressembler à quelque chose de visible.
Et c’est là que ça devient intéressant.
Parce que ce mécanisme ne dit rien sur l’argent. Il dit tout sur l’inconfort que génère le temps long. Il dit que construire quelque chose de solide est, dans les faits, nettement moins séduisant que d’imaginer que ce sera rapide.
J’ai pensé aux cookies. Vraiment. Pas comme une métaphore de coach, mais comme une réalité de corps. Le cookie au beurre, au sucre, à la texture fondante qu’on reconnaît avant même d’y avoir mordu. Il mobilise quelque chose de profond, de presque neurologique. Il ne nous demande pas de réfléchir. Il nous demande juste d’y aller.
L’autre cookie, celui aux pois chiches, moins sucré, plus dense, nettement plus raisonnable, exige quelque chose que le premier ne demande pas : qu’on décide de le vouloir. Qu’on choisisse délibérément une satisfaction qui ne sera pas immédiate, parce qu’on a intégré quelque chose sur ce que l’on veut, non pas maintenant, mais dans la durée.
La différence entre les deux n’est pas nutritionnelle. Elle est de posture.
Et c’est exactement ce que je vois se jouer dans la manière dont les entrepreneuses abordent leur modèle économique. Non pas parce qu’elles ne savent pas. Mais parce que savoir et choisir sont deux choses radicalement différentes. On peut savoir que le sucre lent est meilleur pour soi et tendre quand même vers le cookie réconfortant. Pas par ignorance. Par besoin d’une récompense que l’on comprend, que l’on contrôle, que l’on peut avoir maintenant.
Ce que les réseaux sociaux ont compris, et exploitent très précisément, c’est cette mécanique. Ils ne vendent pas 10 000 euros. Ils vendent la promesse de l’immédiateté. La carte du territoire, magnifiée, embellie, découpée exactement là où l’on veut regarder. Et on sait très bien que la carte n’est pas le territoire. On le sait. Et pourtant.
Ce qui m’interroge ce soir, ce n’est pas l’existence de ces promesses. Elles ont toujours existé. La Française des jeux n’a pas attendu Instagram. Ce qui m’interroge, c’est ce que ça révèle du rapport que l’on entretient avec le temps. Avec la durée. Avec l’idée qu’une construction solide n’a pas l’apparence d’une construction solide dans les premières semaines, les premiers mois. Qu’elle ressemble souvent à une lenteur inconfortable, à un résultat insuffisant, à un doute permanent.
Et je me demande ce qui se passerait si l’on retournait la question. Non pas “comment gagner vite ?” mais “quel modèle est-ce que je veux encore porter dans trois ans ?” Non pas “est-ce que ça marche ?” mais “est-ce que ça tient ?”
La robustesse ne ressemble à rien de spectaculaire. C’est sa nature même.
Peut-être que la vraie maturité entrepreneuriale commence au moment où l’on cesse d’avoir honte de préférer le cookie moins séduisant.
Ou pas. Peut-être qu’on continue à commander les deux.
Belle semaine à vous tous·tes,
À bientôt
Christelle
La Clique des Entrepreneuses
Le dimanche, je prends un temps à part. Pas pour analyser l’actualité, ni pour livrer une vérité, encore moins pour convaincre. Juste pour déposer une pensée née dans la semaine, quelque chose qui m’a arrêtée, déplacée, parfois dérangée. Ce sont souvent des situations banales, des phrases entendues au détour d’une conversation, qui ouvrent des questions plus larges. Ce soir, c’est l’une d’elles que j’ai envie de laisser ici, sans la refermer trop vite.


