Ce que l'impatience nous fait croire
Le dimanche, simplement.
Bonsoir à tous·tes,
Le dimanche, simplement, je laisse une pensée de la semaine faire son chemin.
J’ai failli lâcher quelque chose cette semaine. Pas quelque chose d’important, en apparence. Un processus. Un CRM. Une façon nouvelle de prospecter que j’avais décidé d’installer sérieusement.
Au bout de dix jours, l’impatience est arrivée. Discrète d’abord, puis de plus en plus présente : c’est trop long. Le résultat n’arrive pas. Tu perds du temps.
Je connais cette voix. Elle surgit toujours au même endroit : ce moment précis où l’apprentissage est encore coûteux et où le bénéfice n’est pas encore visible. Le point de friction maximal. Le moment où la plupart abandonnent.
Ce qui m’a arrêtée, ce n’est pas une technique de motivation. C’est une question simple : est-ce que je confonds la durée de l’apprentissage avec l’inefficacité de ce que j’apprends ?
Je crois que dans l’entrepreneuriat, on a collectivement construit une relation pathologique au temps. On valorise la rapidité de mise en œuvre comme preuve de compétence. On célèbre les pivots éclair. On glorifie l’adaptation instantanée. Et on finit par traiter le temps nécessaire à un apprentissage réel comme une défaillance personnelle.
Comme si prendre du temps pour maîtriser quelque chose était un aveu de faiblesse. Comme si l’impatience était une vertu entrepreneuriale.
Je me dis depuis longtemps que je suis quelqu’un d’impatient. Mais je commence à me demander si cette impatience, que j’ai longtemps portée comme une caractéristique de caractère, n’est pas en grande partie une posture apprise. Une réponse conditionnée à un environnement qui récompense la vitesse plutôt que la profondeur.
Parce que quand je regarde honnêtement ce qui tient dans mon activité, ce qui s’est construit vraiment, ce qui résiste, ce sont des choses qui ont pris du temps. Qui ont exigé de la répétition, de l’ajustement, de la frustration avant de devenir fluides.
Le processus n’est pas l’ennemi du résultat. Il en est souvent la condition.
Ce qui est troublant, c’est que pendant la phase d’apprentissage, ce moment inconfortable où on ne maîtrise pas encore mais où on avance, l’objectif lui-même se précise. On croit savoir où on va. Et puis, à mesure qu’on avance, on découvre que l’objectif réel était légèrement différent. Parfois plus juste. Plus adapté à ce qu’on est réellement, pas à ce qu’on croyait vouloir.
L’impatience coupe ce processus trop tôt. Elle arrête l’apprentissage juste avant qu’il ne devienne utile. Et elle nous laisse avec un demi-acquis de plus dans une liste de choses commencées, jamais intégrées.
Je ne veux plus traiter mon impatience comme un moteur. Je crois qu’elle peut être un signal à décoder. Quand elle arrive, la vraie question n’est pas comment aller plus vite, c’est est-ce que je suis encore dans la partie difficile de quelque chose qui vaut la peine ?
La différence est fine, mais elle change tout. Parce que lâcher quelque chose parce que ça ne correspond pas est une décision saine. Lâcher quelque chose parce qu’on n’a pas encore eu le temps de le maîtriser, c’est autre chose. C’est une forme d’auto-sabotage silencieux que l’entrepreneuriat contemporain rend presque invisible, parce qu’il l’a habillé en agilité.
J’ai décidé de continuer le processus. Non par discipline, mais parce que j’ai nommé ce qui se passait. L’impatience n’avait pas disparu. Elle avait juste perdu sa légitimité à décider à ma place.
Ce que je ne sais pas encore, c’est si cette lucidité-là est tenable sur la durée. Si elle devient elle-même une compétence qui s’acquiert, ou si chaque apprentissage nouveau ramène la même friction, le même point de bascule, la même question.
Peut-être que l’enjeu n’est pas de vaincre l’impatience. Peut-être que l’enjeu est d’apprendre à la reconnaître au bon moment, sans lui obéir systématiquement, sans la museler non plus.
Ce que l’impatience nous fait croire, c’est que le temps passé à apprendre est du temps perdu. Je m’interroge sur combien de choses solides j’ai abandonnées juste avant qu’elles ne tiennent.
Belle semaine à vous tous·tes,
À bientôt
Christelle
La Clique des Entrepreneuses
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Le dimanche, je prends un temps à part. Pas pour analyser l’actualité, ni pour livrer une vérité, encore moins pour convaincre. Juste pour déposer une pensée née dans la semaine, quelque chose qui m’a arrêtée, déplacée, parfois dérangée. Ce sont souvent des situations banales, des phrases entendues au détour d’une conversation, qui ouvrent des questions plus larges. Ce soir, c’est l’une d’elles que j’ai envie de laisser ici, sans la refermer trop vite.



Ce passage où l’apprentissage paraît “prendre trop de temps” me fait penser à la vallée de l’incompétence consciente.
On a quitté l’illusion du “ça va aller vite”, mais on n’a pas encore atteint la fluidité.
C’est souvent le moment le plus inconfortable : assez lucide pour voir tout ce qu’on ne maîtrise pas encore, pas encore assez compétent pour en percevoir les bénéfices.
L’impatience devient alors un très mauvais indicateur.
Elle nous fait croire que le processus échoue, alors qu’on est peut-être simplement dans la phase normale où la compétence est en train de se construire.
Je vois aussi un autre pendant : s'obstiner alors qu'il faut pivoter.
Les deux peuvent jouer au ping-pong :
- on s'impatiente et on stoppe le process, l'apprentissage ou la méthode trop tôt, alors que le plus dur est fait et que le résultat approche.
- on s'obstine en se disant qu'on y est presque, alors qu'on fait fausse route depuis le départ.
Ce n'est pas simple d'identifier sur quelle voie on s'est embarquée et quel pilotage enclencher.