Et si calmer le doute n'était pas la même chose que l'écouter ?
Le dimanche, simplement.
Bonsoir à tous·tes,
Le dimanche, simplement, je laisse une pensée de la semaine faire son chemin.
Il y a une phrase qu’on entend partout en ce moment, dans les formations, les comptes bien-être, les cercles d’entrepreneuses : reviens à l’instant présent. Respire. Ancre-toi dans le réel. Sens tes pieds, ton verre d’eau, le clavier sous tes doigts. La technique fonctionne, d’ailleurs. Elle fait retomber la pression en quelques minutes. Elle stoppe ce mouvement circulaire dans la tête, cette pensée qui tourne sur elle-même sans jamais se poser, et qui finit par occuper tout l’espace disponible.
Je ne remets pas en cause son efficacité. Je m’interroge sur ce qu’elle fait, une fois qu’elle a fait son travail.
Parce que le doute, chez une entrepreneuse, n’arrive presque jamais sans raison. Il vient souvent au moment précis où une décision compte vraiment. Il questionne la compétence, la légitimité, la direction prise. Il est inconfortable, fatigant, parfois humiliant. Alors on cherche, légitimement, à le faire taire. Et la présence à l’instant, le geste simple, concret, sans place pour la question, devient un outil redoutablement efficace pour ça.
Mais faire taire un signal et l’avoir entendu, ce n’est pas la même chose.
Je crois qu’il existe une différence essentielle, presque invisible, entre apprivoiser le doute et l’anesthésier. Apprivoiser, c’est rester avec la question assez longtemps pour comprendre ce qu’elle protège ou ce qu’elle révèle. Anesthésier, c’est faire baisser l’intensité jusqu’à ce qu’elle devienne supportable, sans jamais savoir ce qu’elle avait à dire. Les deux soulagent. Un seul des deux informe.
Et c’est là que je me pose une question inconfortable, y compris pour moi : est-ce que certaines de nos techniques de calme, aussi saines soient-elles, ne sont pas devenues des formes élégantes d’évitement ? On respire, on se recentre, on redescend, on repart. Le doute revient une heure plus tard, ou le lendemain, et on refait le même geste. Ça marche, encore. On appelle ça de la régulation. Peut-être. Ou peut-être qu’on a simplement trouvé une façon très propre, très maîtrisée, de ne jamais s’asseoir en face de ce que ce doute-là, précisément, cherche à nous dire.
Je pense à toutes ces fois où une décision a été repoussée, un tarif jamais révisé, une offre jamais clarifiée, parce qu’à chaque montée de doute, la réponse a été de revenir au calme plutôt que de rester dans la question. Le calme n’a rien réglé. Il a simplement rendu l’inconfort supportable assez longtemps pour ne rien changer.
Ce n’est pas un plaidoyer pour rester dans l’angoisse. Une entrepreneuse qui panique ne décide pas bien, ça, c’est vrai. Mais je crois qu’il y a un endroit, entre la spirale et l’apaisement immédiat, qu’on saute presque toujours parce qu’il est inconfortable : celui où on demande au doute ce qu’il vient dire, avant de lui demander de partir.
Poser la question autrement. Non pas comment je fais taire ce doute, mais qu’est-ce qu’il regarde, dans mon business, que je préfère ne pas regarder moi-même. Le doute sur une compétence cache parfois une vraie lacune à combler, pas seulement un manque de confiance à corriger. Le doute sur une décision cache parfois une information qu’on connaît déjà et qu’on refuse d’entendre. Le doute n’est pas toujours irrationnel. Il est parfois la seule partie de nous qui a encore de la lucidité, au milieu de tout le reste qui veut avancer coûte que coûte.
Alors je ne sais pas répondre simplement à la question de mon rapport au doute, et je me méfie un peu de cette envie de le faire taire vite, proprement, efficacement. Je crois que le vrai travail, ce n’est pas de retrouver le calme le plus rapidement possible. C’est d’apprendre à distinguer, dans le vertige, ce qui relève de la panique à évacuer et ce qui relève du signal à écouter. Et cette distinction-là, aucune technique de respiration ne la fait à notre place.
La prochaine fois que la pensée tournera en boucle et que le réflexe sera de se raccrocher au clavier, au verre d’eau, à l’instant présent, il y aura peut-être une deuxième question à se poser, juste avant de faire redescendre la pression. Qu’est-ce que je suis en train de ne pas vouloir entendre.
Je ne l’ai pas résolue. Je la laisse ici, ouverte, pour la semaine.
Belle semaine à vous tous·tes,
À bientôt
Christelle
La Clique des Entrepreneuses
Le dimanche, je prends un temps à part. Pas pour analyser l’actualité, ni pour livrer une vérité, encore moins pour convaincre. Juste pour déposer une pensée née dans la semaine, quelque chose qui m’a arrêtée, déplacée, parfois dérangée. Ce sont souvent des situations banales, des phrases entendues au détour d’une conversation, qui ouvrent des questions plus larges. Ce soir, c’est l’une d’elles que j’ai envie de laisser ici, sans la refermer trop vite.


