Tenir, mais jusqu’à quand ?
Le dimanche, simplement.
Bonsoir à tous·tes,
Il y a cette phrase que je répète souvent. Prendre soin de soi. Ralentir quand c’est nécessaire. S’autoriser des journées sans produire.
Je la dis sincèrement. Je la crois.
Et pourtant, depuis quelques semaines, je fais exactement l’inverse.
Je travaille beaucoup. Pas dans l’agitation. Pas dans la fuite. Mais dans une intensité continue, assumée. Janvier est dense. Décembre l’était déjà. Et je sais que ce rythme-là ne ressemble pas à l’image “idéale” que l’on se fait d’un entrepreneuriat respectueux de soi.
Ce qui me trouble, ce n’est pas de travailler.
C’est la question silencieuse qui s’invite derrière : est-ce que je vais tenir comme ça, dans la durée ?
Parce que la vérité, c’est que je ne travaille pas par peur. Ni par avidité.
Je travaille parce que ce que je vois chez les entrepreneuses que j’accompagne me confirme une chose très simple : cet espace qu’est La Clique des Entrepreneuses, est nécessaire. Profondément. Humainement.
Et qu’il y a encore trop peu de femmes qui peuvent en bénéficier.
Je ne cherche pas à “gagner plus”. Je cherche à pouvoir vivre de ce que je construis. À stabiliser. À rendre viable quelque chose qui fait du bien — y compris à moi.
Il y a là une tension que je connais bien : vouloir préserver son énergie tout en assumant la responsabilité de faire exister ce qui compte.
On parle beaucoup de repos, de lenteur, de respect des rythmes.
On parle moins de ce moment précis où l’on choisit, consciemment, d’investir plus.
Non pas pour performer. Mais pour poser des fondations.
Ce qui fatigue vraiment, ce n’est pas tant de travailler beaucoup.
C’est de travailler sans clarté.
C’est de ne pas savoir pourquoi on le fait.
C’est d’être prise dans un récit où l’on devrait toujours être en train de se protéger… quitte à s’empêcher de construire.
Je crois qu’il y a une confusion dangereuse entre “prendre soin de soi” et “ne jamais forcer”.
Comme si toute intensité était forcément une violence.
Comme si la seule manière de durer était de lisser, d’égaliser, d’aplanir.
Or, entreprendre n’est pas un long fleuve calme.
C’est un mouvement. Avec des temps d’expansion, des temps de resserrement, des temps de pause.
Et parfois, oui, des périodes où l’on donne plus, en sachant que cela ne peut pas être permanent.
Ce que j’interroge, en ce moment, ce n’est pas mon volume de travail.
C’est ma capacité à rester lucide pendant que je travaille beaucoup.
À ne pas me raconter d’histoires.
À ne pas transformer un effort ponctuel en norme silencieuse.
Je m’accorde du temps. Différemment.
Je marche. Je bouge. Je vois des gens. Je m’autorise des respirations en pleine semaine, là où d’autres les prennent le week-end.
Parce que pour moi, l’entrepreneuriat n’a jamais été une affaire de cases “lundi-vendredi” et “repos samedi-dimanche”.
Mais malgré tout, la question reste.
Et elle mérite d’être regardée sans réponse toute faite.
Combien de temps peut-on tenir quand ce que l’on porte est plus grand que soi ?
À partir de quand l’engagement devient-il une usure ?
Et comment distinguer la fatigue féconde de celle qui abîme ?
Je n’ai pas de conclusion à offrir.
Seulement cette vigilance-là : ne pas confondre endurance et sacrifice.
Ne pas sacraliser l’épuisement, mais ne pas diaboliser l’effort non plus.
Tenir dans la durée ne se joue peut-être pas dans la quantité de repos que l’on prend.
Mais dans la qualité de la relation que l’on entretient avec ce que l’on est en train de construire.
Et ça, ce n’est jamais définitivement réglé.
À bientôt
Christelle
Co-pilote de parcours entrepreneurial
La Clique des Entrepreneuses




