Et si ton positionnement excluait enfin ?
Le dimanche, simplement.
Bonsoir à tous·tes,
Le dimanche, simplement, je laisse une pensée de la semaine faire son chemin.
Il y a une confusion que je ne veux plus entretenir.
Quand quelqu’un refuse ce que je construis, je le prends encore trop souvent comme un refus de qui je suis.
Comme si mon business était une extension nerveuse de moi-même. Comme si chaque “non” venait toucher quelque chose de plus intime qu’une simple offre.
Cette semaine, j’ai reçu un message long, accusateur, presque violent.
On ne m’y disait pas seulement que ma proposition ne convenait pas.
On m’y expliquait ce que je devrais changer.
Comment je devrais penser.
Comment je devrais conduire “mon” espace.
Je me suis sentie jugée.
Pas stratégiquement challengée.
Jugée.
Et pendant quelques heures, j’ai glissé dans cette zone fragile :
Si elle refuse ce que je propose… est-ce qu’elle refuse ce que je suis ?
Je crois que beaucoup d’entrepreneuses vivent ça sans le dire.
Nous parlons de positionnement, de cible, d’alignement.
Mais ce que nous vivons, en silence, c’est l’épreuve du rejet.
On nous répète qu’il faut être claires.
Claires sur notre vision.
Claires sur nos offres.
Claires sur notre posture.
Mais on dit moins que la clarté exclut.
Plus ton positionnement s’affine, plus tu cesses d’être pour tout le monde.
Et plus tu cesses d’être pour tout le monde, plus tu prends le risque de ne pas être choisie.
Je crois que le vrai sujet n’est pas le marketing.
Le vrai sujet, c’est : suis-je prête à ne pas être aimée par toutes ?
Parce que c’est confortable, finalement, d’être floue.
Quand tout le monde peut vaguement se reconnaître, personne ne se sent rejeté.
Mais personne n’est profondément touché non plus.
Ce que j’ai compris cette semaine, c’est que ce n’était pas une agression personnelle.
C’était une erreur de casting.
Elle n’aurait jamais dû entrer.
Pas parce qu’elle n’est pas légitime.
Pas parce qu’elle n’est pas capable.
Mais parce que ce que je construis ne lui correspond pas.
Et c’est là que ça devient politique.
On nous a appris, en tant que femmes, à nous adapter.
À arrondir les angles.
À faire en sorte que ça convienne à tout le monde.
À absorber les tensions.
Alors quand quelqu’un dit : “Ce que tu proposes ne me convient pas”, la tentation est grande de corriger, d’élargir, d’assouplir.
Comme si c’était à nous d’être plus accueillantes.
Plus inclusives.
Moins tranchées.
Mais mon business n’est pas une cour d’école.
Ce n’est pas un espace de divertissement.
C’est mon travail.
C’est ce qui me permet de gagner de l’argent.
De vivre.
De choisir.
Si ma proposition ne convient pas, c’est OK.
Vraiment.
On ne rentre pas dans un magasin de décoration pour exiger que le propriétaire change toute sa ligne parce que ce n’est pas à notre goût.
On change de magasin.
Pourquoi, en entrepreneuriat féminin, avons-nous encore tant de mal à accepter cela ?
Je crois que parce que nous confondons collectif et fusion.
Un collectif n’est pas un endroit où tout le monde doit se sentir parfaitement à l’aise.
C’est un endroit où la vision est claire.
Et où celles qui se reconnaissent avancent.
Les autres ne sont pas “contre”.
Elles sont ailleurs.
Ce que cette expérience m’a forcée à regarder, c’est ma propre ambivalence.
Je dis que je veux un positionnement fort.
Mais suis-je prête à ce qu’il dérange ?
Je dis que je veux des femmes qui acceptent de se bousculer.
Mais suis-je prête à ne pas retenir celles qui préfèrent rester dans le “oui-mais-non” ?
Je dis que je veux construire quelque chose de durable.
Mais la durabilité suppose des frontières.
Je crois que l’erreur, ce n’est pas de se tromper d’espace.
L’erreur, c’est de ne pas assumer sa responsabilité quand on s’est trompée.
Il est plus simple de dire :
“Ton espace est problématique.”
Que de dire :
“Ce n’est pas le bon endroit pour moi.”
Prendre sa responsabilité, c’est accepter que tout ne nous est pas destiné.
Et que nous ne sommes pas destinées à tout le monde.
Je ne veux plus bâtir quelque chose qui cherche à rassurer toutes les sensibilités.
Je veux bâtir quelque chose qui tient.
Et tenir, parfois, c’est accepter que certaines partent fâchées.
On parle beaucoup de leadership féminin.
Mais on parle peu de cette solitude-là :
celle de rester fidèle à sa vision quand elle n’est pas applaudie.
Je ne crois plus que la question soit : comment plaire davantage ?
Je crois que la question est :
suis-je prête à être pleinement moi, quitte à ne pas être choisie ?
Parce que le prix de l’universalité, c’est la dilution.
Et je ne veux plus me diluer.
Reste à savoir si je suis prête à habiter cette décision jusqu’au bout.
Même quand ça pique un peu.
Belle semaine à vous tous·tes,
À bientôt
Christelle
La Clique des Entrepreneuses
Le dimanche, je prends un temps à part. Pas pour analyser l’actualité, ni pour livrer une vérité, encore moins pour convaincre. Juste pour déposer une pensée née dans la semaine, quelque chose qui m’a arrêtée, déplacée, parfois dérangée. Ce sont souvent des situations banales, des phrases entendues au détour d’une conversation, qui ouvrent des questions plus larges. Ce soir, c’est l’une d’elles que j’ai envie de laisser ici, sans la refermer trop vite.




